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J'adore écrire. Je suis une raconteuse et une écrevisse qui est, pour moi, le féminin d'écrivain. J'adore écrire pour vous, mes fans, et partager ainsi mon monde fait de confettis, de brillants et d'heureusements de toutes les couleurs.

mercredi, juin 30, 2010

Le goût africain qui fait déborder mon pâté chinois

« Ce n’est pas aussi bon que la cuisine de ma mère qui, elle, savait faire le pâté chinois comme je l’aime! » Cette phrase piquante aux relents lointains de lune de miel aurait pu être lancée ce soir tel le mari à son épouse nouvellement dévouée.

Comme dans les contes, revenons au début de l’histoire vraie parce qu’étant trop farfelue pour être inventée, et commençons par : Il était un souper….

Ce midi, Johnny téléphone et je lui dis que je viens de faire un pâté chinois pour mon beau-frère qui l’attend avec impatience tellement il le trouve bon. J’éveille ainsi la gourmandise curieuse de Johnny qui n’en a jamais mangé. Voulant s’assurer que je lui en apporterais une part, il sort ses miaulements « Tu-sais-que-tu-m’adores-et-que-tu-ne-peux-pas-me-dire-non! ». Oui! Je lui ai apporté du pâté chinois pour souper en sachant très bien ce que je risquais. Parce que Monsieur n’est plus gêné maintenant! Monsieur se prétend un excellent cuisinier! Monsieur est le meilleur! Il le sait puisqu’elles le lui ont toutes répété maintes et maintes fois!!!
Je lui présente le pâté chinois dans un plat en plastique. Il enlève le couvercle et regarde la chose étrange en jugeant que sa part est trop petite! Un vrai germe de MARI en conserve! Ne trouvez-vous pas?
Il fait réchauffer le plat et s’assoie sur son lit pour manger avec une petite cuillère! J’aurais dû me méfier de la petite cuillère qui, inévitablement, comme à l’heure du thé, amène des critiques guindées aux arômes de snobisme culinaire.
La petite cuillère bleue, inquisitrice, vient directement de ma coutellerie! Mais ça il l’ignore! Alors, il goûte une petite bouchée et dit : « C’est très bon! »
En vérité je vous le dis, un « C’est très bon » à la première petite cuillérée venue c’est pas bon du tout! Il est trop rapide. Les papilles gustatives n’ont pas eu le temps de chicoter le cerveau pour déclencher l’inévitable MAIS….. (Sortez vos anti-acides! Il le faut!)
« Mais pourquoi tu n’as pas mis les patates au fond puis ensuite mélanger la viande et le blé d’inde en ajoutant des carottes? »
« Quoi? » Là, il vous vient la même phrase dite et redite et re-redite par Momam dans La Petite Vie : « Steak, blé d’inde, patates. Steak, blé d’inde, patates. Steak….. » Mais Johnny ignore cela, l’Afrique n’ayant pas permis son apprentissage culturel du parfait pâté chinois!
Il goûte encore, le bec fin, le palais réceptif au malin plaisir de croquer dans la critique, les doigts concentrés à tenir la petite cuillère, porteuse de l’indéfinissable : « Il manque quelque chose dans les patates. Tu as mis du lait. C’est ça? Il aurait fallu de la crème! »
« Quoi? De la crème? » Il me vient ici la comptine de ma grand-mère qui disait : « C’que j’aime c’est d’la crème. C’que j’haillis c’est……JOHNNY! » Ma pensée a dû être forte puisqu’il me regarde de son air Jo-connaissant ( Jo comme Johnny, vous l’aurez deviné!) et ajoute : « Ça prend d’la crème 35%! » Rien de moins! Voyons! Ça fait riche!
Par chance, il n’a pas remarqué le goût de la margarine présumant sans doute que je n’aurais quand même pas osé mettre autre chose que du beurre!!!
Il regoûte encore, et, à chaque petite bouchée offerte par la petite cuillère, j’ai droit à une grande lampée de commentaires : « Il n’y a pas assez de blé d’inde, je trouve! Il manque du poivre dans les patates qui sont trop douces! »
Je ris à l’étouffer et à m’étouffer! Que faire d’autre pour digérer l’indigeste critique positive! Il fut un temps où j’aurais pleuré de dépit devant ce goinfre insensible à la cuisine de bonne volonté! Mais, cuisiner pour des enfants immunise mieux que n’importe quel chef, sous chef et étudiant chocolat amer en hôtellerie!

Alors, pour vraiment me payer de sa fine gueule, je dis, crâneuse : « Pas de commentaires sur la viande? » Et voilà que la petite cuillère retrouve sa place dans la bouche de ce Ricardo de papillotes qui dit : « Justement, il y a un petit goût salé! » Enfin une qualité penserez-vous! J’ai failli y penser aussi en lui révélant mon secret culinaire soit une pincée de soupe à l’oignon. Le regard brun crémeux de la comptine se pose sur moi comme si j’avais mis du poison dans la viande. Et, en diplomate de mauvais goût, il ajoute : « Dans nos cours, on a dit que…. » Puis il soupire laissant ainsi planer la phrase comme si j’avais fait une énorme indécence culinaire qu’il ne faut surtout pas ébruiter!
« Comme ça tu n’aimes pas mon pâté chinois! Un autre commentaire sur le dessus peut-être? » « Effectivement! Le sel de céleri devrait être remplacé par du poivre de céleri et j’ajouterais une autre épice… » Je ris encore et, tant qu’à ajouter une grosse cuillérée de masochisme à l’injure machiste, je demande une note. Il me donne 7,5 sur 10 mais avec tant d’aigre-doux qu’il finit par m’avouer que j’ai juste la note de passage et que Lui, il ferait du bon pâté chinois! Il affirme cela en grattant le fond du plat vide avec sa petite cuillère chercheuse de miettes de critiques et de pâté chinois!

Le pire savez-vous c’est quoi? C’est qu’il a raison! Ses commentaires sont justes si l’on veut élever le pâté chinois de Cuisine-à-moman au niveau de la Grande Cuisine Française!!!!

Juste entre nous, qu’est-ce que ça m’aurait donné de lui dire qu’il n’avait pas développé son sens du goût à la québécoise préférant ouvrir ses papilles françaises épicées de critiques de maître queux et saupoudrer le tout de saveurs africaines mixées à la Johnny?

Qu’est-ce que ça m’aurait donné de lui dire que le pâté chinois s’accompagne de Ketchup Heinz et de pain avec du beurre pour harmoniser les saveurs?

Qu’est-ce que ça m’aurait donné de lui dire que ce pâté chinois était le fruit de décennies d’apprentissage et de secrets de ma moman dont les plus importants : l’amour et la tendresse?
Ça m’aurait donné quoi puisqu’il a tout mangé. Il a rechigné mais il a tout mangé!

Et moi, je ne me suis pas faite manger toute crue! J’ai bien failli lui lancer le plat à la figure mais je voulais épargner mon délectable pâté chinois. J’ai eu envi de lui tordre les manières avec sa petite cuillère mais je préférais vous écrire et surtout vous inviter tous à venir déguster le succulent parfait pâté chinois à la Johnny! Je me ferai un délectable plaisir de fournir les petites cuillères!!!

Michelle Parfaite à l’Écrevisse