Très tôt, un dimanche matin, je m’en vais à une station-service. Un pompiste dans la vingtaine s’approche. « Bonjour! 20$ d’Ordinaire s’il vous plaît !»
C’est le lendemain de la St-Valentin. La nuit semble avoir été courte et décevante pour ce jeune homme qui termine le rituel du rangement de pompe à essence. Compatissante, je lui donne l’argent, un pourboire et j’ajoute : « Voici une pensée-bonbon de St-Valentin.» Il sursaute, me remercie en souriant. Nous nous souhaitons une belle journée qui augure bien.
Quelques mois plus tard, très tôt, un dimanche matin, je retourne à la station-service. Je souris au jeune pompiste. J’aurais pu me contenter de lui demander 20$ d’Ordinaire mais pourquoi ne pas ajouter quelques mots printaniers? Je me penche et lui demande s’il a pensé à la fête des mères! Il aurait pu m’envoyer promener sur le trottoir du mêle-toi-de-tes-affaires mais il me répond : « Je lui ai acheté des fleurs et nous avons fêté vendredi soir pour souper.» Il sourit fièrement à ce souvenir heureux qu’il partage avec moi.
Je lui donne l’argent et un pourboire en lui souhaitant une excellente journée. Juste avant que je parte, timidement, il me dit : « Je vous reconnais. C’est vous qui m’avez offert une pensée! Merci beaucoup!» C’est à mon tour d’être étonnée. Je ne l’avais pas reconnu et il se souvient de moi. On se sourit. La journée commence bien.
Très tôt, dimanche dernier, je retourne à la station-service. Le pompiste a le visage avenant quoiqu’endormi. Il fait si beau! Pourquoi laisser le 20$ d’Ordinaire couler dans le réservoir sans placoter? Alors, niaiseusement, je dis : « Avez-vous commencé l’école?» Je me fais penser à la matante tannante qui pose toujours cette question stupide en septembre. Il me dit oui et j’enchaîne toute fière : « Moi aussi j’ai commencé l’école!» «Vous faites votre Secondaire V?» Je ricane intérieurement à cette giclée de fontaine de Jouvence! Mon secondaire est si loin déjà. « Non! Je suis des cours d’écriture. Et j’ai même des devoirs!» Je prononce le mot devoir avec la fierté d’une fillette de première année. « Je suis en train d’écrire un livre. On ne sait jamais, vous pouvez vous retrouver dedans!» J’ajoute dans un déclic de mémoire : « N’est-ce pas à vous que j’ai offert une pensée-bonbon? » Il opine de la tête. «Alors, c’est certain! Vous allez faire partie de mon prochain devoir. Est-ce que vous serez là dimanche prochain?»
Il n’y aurait pas matière à en faire toute une histoire mais j’avais une nouvelle à écrire comme devoir et elle finit ainsi :
Très tôt, les dimanches matins dans une station-service, deux inconnus font le plein de gentillesse à l’essence de la vie ordinaire.
vendredi, mars 26, 2010
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3 commentaires:
Précieuse Ollamh!
Ce blog est à la hauteur de nos attentes et tes textes sauront combler de joie et surtout faire réfléchir à ce que la vie est plus humaine que l'on pense. Que l'argent et les autres futilités ne sont surtout pas l'essence vitale de notre bref passage sur cette terre.
Toujours dans nos pensées.
Guy et Michael.
belle histoire :-)
L'ouverture aux autres est probablement la plus belle qualité chez une personne. Elle permet de faire des rencontres extraordinaires et de vivre des moments unique. Je crois que cette histoire d'essence de vie ordinaire est ma préféré! Merci Michelle!
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